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vendredi 5 novembre 2010

L'art est inutile, rentrez chez vous



C'est une lassitude existentielle, un affaissement de l'esprit, ou un simple manque de vitamines, je n'en sais rien mais le fait est qu'une fatigue de fond s'est installée et elle ne porte pas à l'enthousiasme quand je regarde autour de moi. Pour bien faire et peut-être réussir à s'en remettre, il faudrait éteindre la télé, ne plus lire les journaux, abandonner google et aller se coucher. Hiberner jusqu'à ce que ça passe.

À cause de la surdose d'information, d'une surcharge de tensions sociales dans un Absurdistan bureaucratique en plein essor, il y a comme un drôle d'effet qui se produit, quelque chose d'anesthésiant, de soporifique, qui crée une distance des sens entre moi et la réalité ambiante. Une sorte d'isolant, comme quand j'étais petite et qu'on se protégeait les oreilles avec de bouchons de ouate. On voit tout mais on n'entend pas vraiment. On est témoin sans comprendre. Cette étrange lobotomie sociale nous fait spectateurs de nos vies, emprisonnés soudain sans mémoire des surgissements, de la fougue, de la joie et de la révolte. Étrangers à nous-mêmes.

Comment retrouver le chemin vers soi dans les méandres sociaux de la survie ? Peut-être est-ce même inutile, totalement vain, de penser qu'il y ait un quelconque intérêt à retrouver la route vers le sensible. L'endormissement est tellement plus facile et Canal V, les radio poubelles, le journal de Montréal, Christiane Charrette et tous les autres y contribuent chaque jour avec entrain.

Pourtant, quand le doute traverse un instant ce qu'il reste de nous, cette idée qui nous frôle peut peut-être provoquer un léger frisson, un trouble presque imperceptible. Et s'il était possible de se chercher et de se retrouver ? S'il était possible de ré-habiter des espaces délaissés, abandonnés à d'autres ? Ces espaces qui sont source de vitalité et de joie, d'excitation et de fluidité, s'il était possible de les réinvestir ? Et si c'était en recommençant à créer, à oser, à protester, à transgresser, à imaginer, à dire, à illustrer, à aimer, que le sentiment d'être vivant reprenait un peu de son sens ? Et s'il était utile de ne pas oublier que les révolutions se sont toutes produites une conversation à la fois...

Ce serait par une résistance de tous les instants contre les litanies idéologiques de tous les porte-paroles, de toutes les institutions, à travers chacun de nos gestes, que cette vigilance se traduirait en actes. Ce serait incarner très concrètement une pensée critique, assumer, être cohérent, oser se tromper, apprendre dans l'action, ne pas se laisser bercer et berner par le théâtre de boulevard de la soit-disant démocratie actuelle.

Ils nous espèrent consommateurs, redevenons plutôt artistes, responsables de nos choix, créateurs de nos vies. On nous espère combattants, faisons plutôt alliance. On nous veut individualistes, rassemblons-nous, partageons, cheminons. On nous souhaite soumis, vénérant les dieux du conformisme, redevenons agiles, ludiques et subtils, renaissons de nos cendres alors que le brasier culmine.

Bien sûr, l'art est inutile, tout comme la vie, l'amour et la paix. On peut toutefois ne pas être d'accord, se lever et agir.

mercredi 10 février 2010

Mémoire - L'art de raconter une histoire

Kseniya Simonova dessine l'invasion de l'Ukraine par l'Allemagne lors de la seconde guerre mondiale.
Gagnante de l'édition ukrainienne de "Got Talent".

Posted via web from 4e Oeil - 4th Eye posterous

mardi 9 février 2010

Welcoming mistakes

“Creativity is allowing yourself to make mistakes – Art is knowing
which ones to keep”
Scott Adams

Posted via web from 4e Oeil - 4th Eye posterous

lundi 30 novembre 2009

Les limites du contrôle

À force d'explorer les méandres de la complexité, de l'émergence et des processus créatifs, on finit parfois par trouver des perles. Une récente découverte est le très onirique film de Jim Jarmusch, The Limits of Control (2009).

On y suit les étapes du parcours toujours identique, et pourtant chaque fois très légèrement différent, d'un homme qui a une mission. Pour qu'elle réussisse, il doit rester alerte, suivre les instructions, ne pas déroger des règles, ne rien modifier, bref, tout doit rester sous contrôle. Malheureusement, des petites ruptures commencent à se produire, qui l'obligent à s'adapter. Il rencontre plusieurs personnages, certains vont l'aider à poursuivre son but, d'autres vont lui mettre des bâtons dans les roues. Chaque fois, il devra s'adapter. Et chaque fois, la réalité semblera un peu moins solide, un peu moins plausible, de moins en moins assurée.

Et, lentement, cet homme en mission glisse, et nous glissons avec lui, dans l'imaginaire, jusqu'à découvrir que cette réalité n'était que le reflet de ce que nous avions cru être la réalité. Miroirs et reflets, encore et toujours, récursifs à l'infini.

En abandonnant cette volonté farouche de contrôle, nous glissons subrepticement dans un univers parallèle qui ne se dévoile que lentement, un geste à la fois, entre routines et rupture du processus, vers la création, vers l'art.

C'est un road movie qui nous emmène en errance, sur la route qui mène de la réalité à l'imaginaire, du contrôle de la pensée à la libération par l'art. Entre Paris, Madrid, Séville et un petit village andalou juché sur les hauteurs, du genre d'Arcos de la Frontera, un homme mène sa quête et réussit sa mission grâce à son imagination patiente et un état de présence solidement ancré.

Onirique, le miroir que nous n'avions pas vu se dévoile tout à coup pour nous montrer que le reflet, que nous avions cru être la réalité, était lui-même un imaginaire...

Parfois le reflet est beaucoup plus réel que ce qu'il reflète.

vendredi 19 juin 2009

Métissage interdisciplinaire ou pourquoi suis-je à l'étroit quand je viens chez vous ?


Respirer à l'intérieur des murs d'une discipline est pour moi synonyme d'étouffement. D'où mon aisance à habiter en communication. C'est vaste, c'est venteux, il y a de l'espace, il y a même -et tant mieux- le risque de se perdre... C'est aussi là, dans ces espaces où l'on part en errance, que l'on fait de belles rencontres. J'en avais déjà abondamment traité en 2005, dans une ethnographie des pratiques du Cirque du Soleil et dans Les coulisses de l'innovation qui a été publié par la suite.

Après avoir fait la rencontre de Guillet de Monthoux et d'Antonio Strati à l'époque, une des belles découvertes que j'ai faites ces derniers jours est l'activité du groupe de recherche et d'intervention italien Trivioquadrivio. En rapprochant très concrètement l'art et les affaires, pas uniquement par le mécénat mais surtout par la fusion, le croisement des compétences et des regards et par le recours à ce qui est créatif dans ce qui est organisationnel, il y a création d'un métissage disciplinaire foisonnant.

À ce sujet, justement, où en sommes-nous de ce côté-ci de l'Atlantique, en francophonie ? Je cherche, je cherche, mais, pour le coup, je ne trouve pas... Quelles formes les façons de faire créatives, parfois artistiques, associées à la transformation des organisations prennent-elles de ce côté-ci de la grande mare ?

Théâtre en miroir (un groupe d'acteurs vient jouer les conflits d'une organisation, les employés regardent la performance et en discutent) ; apprendre à parler cheval pour faire du team building ; trouver son personnage à partir de l'univers de Tintin et faire un jeu de rôle pour découvrir son profil de gestionnaire ou d'employé... C'est créatif peut-être, mais ça l'est toujours à partir de l'univers de quelqu'un d'autre et ça nous est imposé.

Pourquoi ne pas franchir cette barrière normative de l'expression ? Qu'est-ce qui fait si peur ? Pourquoi les dirigeants font-ils tout ce qu'ils peuvent pour conserver très vivant ce tabou de l'expression ? On le sait, en fait. Plusieurs étudiants de maîtrise en communication de l'Uqam pourraient vous le dire. Tout le monde le sait.

En fait, ce serait comme appuyer sur le bouton Reset. Tout à coup, on traverse le miroir et on peut exprimer ce que l'on ressent. Vraiment. Imaginez les dégâts -pour les uns- et les libérations -pour les autres-. Ensuite, il faudrait tout revoir. Quelle énergie !

Nous aurions subitement changé de spectacle, de représentation. Les acteurs, la mise en scène, les décors, les dialogues, tout serait absolument différent. Subversif ? Et alors ! Ne faut-il pas d'abord savoir bien jouer sa propre pièce avant de tenter de jouer celle des autres avec inspiration ? Honnêtement.

Quand on prend le temps d'écouter ce qui se dit dans les moments creux, quand la garde du posturing est baissée, quand on se croit en sécurité, à l'abris des dirigeants, gardiens des tabous, tout à coup la parole redevient libre. Libre et en quête de sens, avide d'un peu plus d'authenticité, de joie et de paix. Juste un peu plus. Ce serait déjà bien.

Omar Aktouf avait déjà écrit en 1996 qu'il était temps d'appuyer sur Reset et de passer à l'humanisme extrême. De refonder le tout. Colossal, comme projet de société. L'avons-nous commencé ?

Non. Et c'est peut-être pour ça qu'on étouffe un peu.

Photo du 3e Œil, extraite d'une intervention faite au printemps 2009 auprès d'un groupe de cadres. Sur la feuille, la question posée était : "Professionnellement, qu'est-ce qui vous éteint ?"